Pour moi, je m’efforce de mettre en pratique « Ne me juger point afin de n’être point jugés. »Je vais si loin dans cet ordre d’idées que j’essaie de ne point me juger moi-même et que je conseille à mes malades d’agir de même. Cela peut paraître édifiant ou frivole, selon qu’on l’interprète dans un sens ou dans l’autre ; au fond, ce n’est qu’un stratagème médical. Je n’ai pas peur du résultat. Que je dis aux gens – et je le fais - : « Il faut que vous arriviez au point de ne pas hésiter à pouvoir vous accroupir en plein jour dans une rue passante, déboutonner votre culotte et faire votre tas » j’insiste sur le mot pouvoir. La police, l’habitude et la peur inculquée depuis des siècles veilleront à ce que le malade ne « puisse » jamais le faire. Sur ce chapitre, je suis tout à fait tranquille, bien que vous me traitiez fréquemment de démon et de « corrupteur des mœurs ». En d’autres termes, quel que soit le mal que l’on se donne pour ne point juger, l’on n’y parvient jamais. Toujours, l’homme portera des jugements, cela fait partie de lui au même titre que son nez et ses yeux ; ou plus exactement, parce qu’il a des yeux et un nez, il dira toujours : « Ceci est mal...»
Groddeck, Le livre du ça
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